Dans le flou du plaisir - Une expo photo sur le consentement en contexte de PnP/chemsex

Plongez dans un espace où drogues et sexualités queer s’entremêlent, et où le consentement prend formes à travers l’art. Les photos, prises par des personnes pratiquant le PNP/chemsex, racontent leurs expériences et réflexions du consentement sexuel. L’expo vous invite vous aussi à réfléchir, seul·e comme avec d’autres, aux manières de penser le consentement dans le flou du plaisir.

Réalisée en collaboration avec le Cri de ralliement, Fierté Montréal et des membres de la communauté, cette exposition est le fruit du projet de recherche participatif PnP & Consentement, mené par Maxi Gaudette (doctorant·e en santé publique à l’Université de Montréal, Qollab). Le PnP/chemsex fait référence à l’usage de certaines drogues, comme le crystal meth, le GHB/GBL ou la kétamine, avec l’intention d’avoir des relations sexuelles, surtout entre hommes gais, bisexuels et queer, ainsi qu’avec des personnes trans et non-binaires. Dans le cadre du projet, des personnes qui font du chemsex ont été invitées à prendre des photos illustrant leurs expériences, perceptions et réflexions autour du consentement dans ces contextes. Elles ont ensuite discuté de leurs images lors d’un entretien, permettant d’explorer encore plus ces enjeux. L’exposition Dans le flou du plaisir met ainsi en lumière leur travail artistique. Chaque photo est accompagnée d’un titre et d’un texte descriptif ou extrait d’entretien.

Distorsion

Sur cette image se cache la réflexion d’un homme au repos, déformée par un miroir distorsionnant. Le corps se brouille, tout devient abstrait. En contexte de PnP, le consentement peut lui aussi devenir flou, distordu et insaisissable. Dans cette zone trouble, les frontières du consentement peuvent se dissoudre, ouvrant la porte à des situations non pleinement consenties. Mais, comme les reflets vifs de bleus et de jaunes sur l’image, le flou peut aussi révéler des éclats de liberté, d’intensité et de plaisir. — André Patry

Le paradoxe : consentir à ne plus rien contrôler

Il y a une culture du risque dans le chemsex. Comment prévenir ça, alors que, justement, je veux prendre le risque? Je veux prendre le risque de la surprise, de l’excitation, de l’inconnu. Alors, comment on met du consentement là-dedans? Je ne le sais pas, parce que je voulais brouiller les pistes en allant dans cette zone floue. — Alex

Plaisir et perte

Durant le cruising, il y a quelque chose de plus mystérieux, plus risqué aussi. C’est comme la roulette russe: tu vas avoir des rapports non protégés, ça met du piquant dans la relation. — Ali

Poing

C’est moi qui vais faire le fisting ou vais insérer les jouets. Tout est discuté avant qu’on commence. Il faut que tu sois à l’écoute. Il faut que tu sois attentif à sa respiration, à ses yeux, à voir si ses pupilles sont trop dilatées. Est-il vraiment trop gelé? Est-il capable de comprendre ce que je lui dis? Sinon, on arrête. Des fois il dit « non, non, encore, n’arrête pas, n’arrête pas! » Alors je dis, « Non, non, on va arrêter, tu as besoin de boire, tu as besoin de te reposer. Woe! » — Anonyme

Oasis

« Oasis » autrefois un symbole joyeux de lien et de communauté, est devenu l’écho hanté de quelque chose qu’on m’a arraché — mon agentivité, ma sécurité, mon consentement. À travers cette œuvre, j’ai commencé à me libérer du poids que ce mot avait sur moi. Cette spirale agit dans les deux sens : elle fait ressortir ce qui était emprisonné en moi, tout en m’attirant vers l’intérieur pour y faire face. C’est reprendre le pouvoir sur un espace intérieur. Si une personne qui a vécu quelque chose de similaire regarde cette peinture, je veux qu’elle ressente une forme de libération, d’expansion et une redécouverte du soin de soi. Reprendre possession de ce moment à travers l’art, c’est affirmer mon pouvoir de décider. Je ne suis pas ce qui m’est arrivé, je suis ce que j’en crée. Ce n’est pas qu’une expression artistique, c’est un acte de résistance." — Carlos

Mizaru • Iwazaru • Kikazaru • Sezaru

«Ne pas voir le mal» · «Ne pas dire le mal» · «Ne pas entendre le mal» · «Ne pas sentir le mal»» — Conrad

Sans titre

— James Ottoline

Le processus de glamourisation en adoptant le persona de bombe sexuelle

Le rouge à lèvres fait ressortir ma féminité. Le tube de rouge à lèvres est plutôt phallique… C’est sensuel, et en fait, ça ressemble aussi à un clito. Le rouge à lèvres, c’est sexy, sexy, sexy… Et ces lunettes de soleil Lolita avec des arcs-en-ciel et tout ce délire. Tout est queer as fuck ! J’adore ça. Collier kinky, rouge à lèvres, lunettes de soleil en forme de cœur, cheveux teints fous et déjantés. C’est : « On est dedans à fond, girl ! » — Margie Fancypants

Sous ma jupe trop courte, mes dessous

Lors d’une soirée pleine de chems, on m’a violé. Deux de mes plus proches amis m’ont ensuite nettoyé, dans un silence traversé de douleur. Quelques jours plus tard, l’un d’eux me dit : « Tu l’as quand même un peu cherché. » Mon tutu sur cette photo, plus court que jamais, dénonce ce discours qui m’a fait autant de mal que l’agression. Mes dessous sont de couleurs aussi vives que la rage silencieuse qui m’habitait. Quand comprendrons-nous qu’aucune jupe trop courte, aucune conso trop élevée, ne justifierait une telle violence ? — Michel

Daddy brisé ; drogue révélatrice

En deux ans intensifs de crystal meth, j’ai eu toutes les réflexions qui sont sur l’image. Ça m’a vraiment amené à faire un bout de chemin que j’aurais pas fait sans le crystal meth. Sans le crystal meth, je n’aurais pas su que je suis tout ça. Il m’a aidé à voir que : je suis un être humain, je suis bon, je suis mauvais. Je suis à la fois bon et mauvais. Avant le crystal, je pensais que j’étais une bonne personne, jamais mauvaise. Mais sous crystal, bien, je suis aussi mauvais. Et j’ai dû accepter ça, grâce au crystal meth. Dans le monde du BDSM, il existe un terme: le « shadow work ». C’est quand tu travailles sur toutes tes darknesses, toutes les mauvaises choses en toi, tu les explores, en quelque sorte. Apprendre ça sur moi a été une expérience spirituelle. — George Kofi Asumadu Duah

Sans arrêt

Une lumière de barbier… qui tourne et qui n’a pas de fin ni de début. En PnP, quand on le fait, on veut toujours plus. Plus de plaisirs, plus d’euphorie et on ne désire pas que ça se termine. — Anonyme

Les billets nocturnes

C’était tout le temps le même modus operandi, je m’en vais au même métro, je débarque, je m’en vais au même ATM, je retire de l’argent, 200-300$, puis I’ll have fun. Cette machine-là est le portail vers une ou deux bonnes heures d’extase. — Diego

Le sapin pleureur

Quand tu consommes, le consentement n’est jamais vraiment clair. Souvent, je ne veux même pas rester, mais je finis par rester, incapable de sortir. En fait, je n’arrive pas à m’affirmer. — *Vnonyme

Sans titre

— James Ottoline

Blizzard étrange qui embrume et refroidit mon jugement

Il y a plein d’idées dans cette photo-là. On a la blancheur de la fameuse substance. On a le côté un peu perdu de… là où ça me rend, moi. Puis je me dis que, quand on est là-dedans, le consentement n’est pas clair, comme ma photo. Le motif de consentement devient très, très flou, comme l’eau qui est gelée. — BBM

3 modes d’emploi

Le gars qui est sobre est un mouton, lui qui fait du PnP, un cochon sexuel et lui en psychose, une poule pas de tête… Cette photo est un visuel qui représente vraiment clairement l’excès du PnP… Crystal meth gives you the sense of like, I’m free, je peux tout faire, right? High, j’ai consenti à vouloir faire tout ce qui est tabou et cochon. Mais, il y a une certaine puissance à pouvoir être a sober whore. One day, I’ll be fully there. — George Kofi Asumadu Duah

Regards

« Regards » est un collage composé de photographies que j’ai prises dans le Village gai de Montréal. Pour moi, le consentement commence dans le regard. Avant même qu’un mot ne soit prononcé, un dialogue silencieux s’installe dans la manière dont deux personnes se regardent. Le regard peut être une invitation, une limite ou une question. Le processus de prise de ces photos a été presque cathartique. Au début, je me sentais exposé, observé, mais peu à peu, ce sentiment s’est transformé. J’ai cessé de me soucier de qui me regardait, pour me concentrer sur le sentiment d’être vu. Cette œuvre ne parle pas seulement d’observer, elle parle de la reprise de pouvoir à travers le regard, le transformant en quelque chose d’expressif, d’émotionnel et d’affirmant. — Carlos

Consentir à se donner aveuglément

Le chemsex est un moyen de se donner complètement sans se voir aller, donc sans se juger ; une façon d’être prêt à tout, de briser les tabous, de viser l’absolu en ne sachant pas comment l’atteindre autrement. C’est prendre le turbo-accélérateur vers le plaisir. Ou alors, s’il n’y a pas le feu d’artifice, il reste l’excitation de l’inconnu, de la surprise, de l’inconvenant, du dévergondé, voire de l’impossible. Le crystal coulant dans mes veines, je ne ressens ni la peur ni la crainte de me cabosser. Demain, je ne saurai pas de quoi j’aurai l’air. Rien n’est grave. Et c’est exactement ce que je veux. — Alex

Qu’est-ce que je veux ?

Le consentement, c’était bien plus qu’un simple accord entre deux partenaires. Il y avait tellement de choses en jeu à l’intérieur de moi. J’ai commencé à réaliser à quel point j’étais impuissant face au sexe. Je n’arrivais pas à me donner la permission de partir, peu importe à quel point mon corps était sec et douloureux, ou à quel point la personne avec qui j’avais une relation sexuelle était froide et cruelle. J’étais piégé par mon propre désir d’intimité, prisonnier de ce besoin insatiable d’utiliser les autres et de me laisser utiliser. — Jake

Look

Juste dans le regard, tu peux voir si l’autre est intéressé ou pas, sans avoir besoin de parler. Je regarde son visage. Je regarde ses yeux, où ils vont. Tu vois tout de suite si ça marche ou pas… Sur cette photo, on voit que j’ai une curiosité, un questionnement… Un besoin d’acceptation. Tomber en amour c’est avec les yeux, avec les odeurs, avec l’attitude; tout ensemble. — T4llge3k

Plaisir à plusieurs

Cette soirée où on s’est amusé à plusieurs dans le sauna, puis un peu plus tard, dans les couloirs. Le p’tit blond, le latino et le daddy qui vient d’ailleurs… Avec notre langage non verbal, on s’est compris sans avoir eu besoin de parler. — Marc

Web zombie puppet

Des nuits et des jours d’hypnose devant l’écran, à la quête d’un vide insaisissable. Dans ce sombre univers, le consentement est une toile d’araignée tissée de manière complexe, où l’hypnose nous transforme en zombies, animés par des ficelles invisibles. À ce stade, le consentement devient un leurre, distordu, fragile, faussé. — Michel

Je me ramasse au slam

Je me sens très sale. J’ai honte. Je n’ai jamais été à l’aise de me laisser aller complètement avec un gars, mais je ne comprends pas pourquoi cette estie de merde-là m’a amené à le faire. Les femmes me manquent. J’ai tripé avec des gars, tu sais, mais ça ne fait pas partie de ma nature. Je suis allé trop loin. Je ne me suis pas écouté. Je n’ai pas écouté mon cœur. — Éric

Mandingo - BBC

On ne peut pas vraiment parler de standards de beauté dans le milieu gai sans vraiment aborder l’aspect racial… Les gens recherchent des stéréotypes noirs. Alors soit que le Noir est le dom top avec une 20 pouces, ou le fem soumis esclave qui fera tout ce que le blanc veut. — George Kofi Asumadu Duah

Six fioles magnifiques de GHB, gaies affirmatives et lumineuses

On parle souvent de cette « drogue du viol », et c’en est une. J’ai moi-même été agressée avec cette substance. Mais j’ai aussi une place pour cette drogue dans ma vie, comme un choix conscient et assumé… Quand je baise sous GHB, tout ce qui n’est pas le sexe cesse d’exister… En éliminant les inhibitions, il me permet de plonger pleinement dans la joie et les sensations fortes de l’expérience. — Margie Fancypants

Cycles

Mon expérience du consentement en contexte de PnP a toujours été celle d’une reconstitution a posteriori d’une perte de soi. Après coup, on essaie de rapiécer les morceaux du dernier binge, de remettre les bons bouts de cerveaux à la bonne place, mais il y a des trous, et tout vient dans une lueur trop franche; néon lavande, je sais juste que ça fait mal aux yeux... Cette image traduit l’idée que tu ne peux pas vraiment boucler la boucle du consentement en contexte de chemsex. Puis c’est un peu cette idée du consentement qui se recrée une fois que tout est arrivé. — Grégory

Crystal de Gel

Malgré son éclat captivant, ce crystal demeure pour moi un refuge de noirceur et de froideur. Sa beauté trompeuse contraste avec la distance qu’il impose, une séparation de soi et des autres, un miroir de l’isolement que parfois la brillance peut engendrer. — Michel

Maxi tient à remercier chaleureusement les participant·es pour leur confiance et leur expertise, ainsi que le Comité consultatif communautaire qui guide ce projet depuis le début. Merci également au RRSPQ, à Fierté Montréal, au CRSH, au FRQSC et aux IRSC pour leur soutien financier.

Crédit photo pour la couverture : Michel