Les jeunes queers1 ont tendance à consommer plus de cannabis que les jeunes cishétérosexuel·les, et rapportent davantage vivre des conséquences négatives liées à leur consommation2,3. Dans la recherche, comme dans le discours social, la relation entre les identités queer/trans et la consommation de cannabis est souvent abordée sous l’angle de la prise de risques et des méfaits, ce qui laisse peu de place aux expériences positives.
Cannapix 2.0 est un projet cellphilm communautaire créé par et pour les jeunes queers. Il vise à favoriser la réappropriation des récits dominants en mettant de l’avant des expériences de consommation nuancées. Dans ce projet, 31 jeunes queers de 18 à 24 ans ont réalisé des courtes vidéos pour montrer comment iels maximisent leur plaisir en consommant.
Le cellphilm consiste en la production de vidéos, généralement amatrices et souvent avec un cellulaire, pour raconter son vécu. Cette méthode donne une liberté de création et permet de partager ses expériences d’une manière unique. Dans ce projet, les participant·es étaient invité·es à prendre part à trois ateliers en groupe, animés par nous, membres des Jeunes Chercheur·es queers – un programme de renforcement des capacités pour les jeunes queers intéressé·es par la recherche. Nous les avons accompagné·es dans la conception de leur cellphilm, puis nous avons regardé les cellphilms ensemble afin d’apprendre leurs trucs et astuces pour maximiser le plaisir lorsqu’iels consomment du cannabis.
En tant que jeunes chercheur·es queers, il nous tient à cœur de partager ce que nous avons appris au fil de ce projet avec nos communautés. C’est dans cette optique que nous avons conçu ce petit guide : pour te transmettre des informations sur différentes façons de prendre soin de toi lorsque tu consommes du cannabis. Les conseils et expériences présentés ici sont issus des témoignages de participant·es et ne prétendent donc pas couvrir l’ensemble des réalités. Bien que ces conseils soient généralement cohérents avec les connaissances et recommandations entourant la consommation à faible risque, ils reposent d’abord et avant tout sur les récits et expériences des jeunes qui ont participé au projet et pourraient ne pas convenir à ta réalité.
1. Terme parapluie qui décrit les personnes qui ne s’identifient pas comme cisgenres ou hétérosexuelles.
2. Boyd, C. J., Veliz, P. T., & McCabe, S. E. (2020). Severity of DSM-5 cannabis use disorders in a nationally representative sample of sexual minorities. Substance Abuse, 41(2), 191–195. https://doi.org/10.1080/08897077.2019.1621242
3. Parnes, J. E., Goldbach, J. T., Fish, J. N., Lytle, M. C., & Gamarel, K. E. (2024). LGBT-THC: A systematic review of psychosocial mechanisms linking minority stressors and cannabis use among sexual and gender minoritized individuals. Current Addiction Reports, 11(6), 1055–1071.
Les jeunes que nous avons rencontré·es nous ont confié l’importance de tenir compte de l’environnement dans leurs expériences de consommation. Le concept de « set » (disposition) et « setting » (environnement) explique comment l’état d’esprit et le cadre de vie influencent les expériences de consommation.
Le « set », c’est ton état mental et physique avant de consommer. Ton humeur et ton état physique peuvent jouer un rôle clé dans la façon dont tu ressens les effets du cannabis.
Le « setting », c’est tout ce qui t’entoure : le lieu, l’ambiance et les personnes présentes. L’environnement social et physique peut fortement influencer, voire transformer ton expérience de consommation.
Voici quelques questions que les jeunes queers se posaient pour comprendre ce qui leur convenait le mieux lorsqu’iels consommaient :
Pour favoriser un bon état mental en consommant, plusieurs participant·es nous ont aussi parlé de petites actions qu’iels aimaient mettre en place pour une consommation plus consciente : planifier leurs séances de consommation, créer des routines agréables ou encore intégrer des rituels de « self-care » avant, pendant ou après.
Parmi les pratiques partagées :

Ces gestes simples peuvent faire toute la différence et rendre la consommation bien plus plaisante.
Dans ce cellphilm, Daydream présente son set-up pour bien profiter de son « high ».
Dans ce cellphilm, Jasmine montre la différence entre deux expériences de consommation. Dans la première, elle mélange plusieurs substances, consomme du cannabis toute la soirée et finit par vomir. Dans la seconde expérience, Jasmine consomme chez elle avec une amie de confiance et apprécie sa consommation.
Pour une meilleure expérience de consommation, il est important d’apprendre à connaître ses limites. Chaque personne passe par un processus unique pour découvrir ce qui lui convient le mieux. Les jeunes queers qui ont participé à notre étude nous ont d’ailleurs transmis quelques astuces issues de leurs expériences personnelles, telles que :
Tu peux alterner tes modes de consommation en fonction du contexte, de tes obligations ou de tes activités prévues avant ou après.
Plusieurs méthodes existent pour prendre soin de soi en consommant. L’une d’elles consiste à être attentif·ve aux dosages et à les modérer. Par exemple, quelques jeunes queers mentionnaient :
Chaque personne réagit différemment au cannabis. Si ta consommation entraine de l’anxiété, la quantité ou la teneur en THC peut parfois en être la cause.
Dans ce cellphilm, Lua montre ses astuces pour gérer sa tolérance au cannabis, notamment en faisant des petits joints et en alternant avec un vaporisateur pour mieux gérer la quantité.
Dans ce cellphilm, A consomme du cannabis lorsqu’elle termine de travailler et choisit avec soin les feuilles à rouler et la concentration de THC et CBD.
L’entretien de tes outils de consommation peut te sembler anodin, mais c’est un élément important pour prendre soin de toi en consommant, surtout quand tu consommes régulièrement.
Plusieurs participant·es de Cannapix ont expliqué qu’au début de leur consommation, leur hygiène avec leurs outils était moindre, voire inexistante. Iels ont mentionné les effets déplaisants causés par ces mauvaises habitudes, comme des difficultés respiratoires ou un mauvais goût. Une bonne routine peut inclure :
(bong) régulièrementOn comprend bien qu’il peut être difficile de garder une routine de nettoyage régulière de ton matériel de consommation, surtout lorsque l’envie de consommer te prend. Une stratégie proposée consistait à ajuster le niveau de nettoyage selon ton niveau d’énergie. Donc, lorsque tu es motivé·e, tu peux faire un bon récurage de ton matériel de consommation avec du savon, tandis que lorsque tu te sens plus mollo, tu peux simplement le rincer. Tu peux te baser sur des guides ou tutoriels en ligne, ou demander à des ami·es.
Et si tu trouves ça difficile de garder une bonne routine d’entretien, tu peux la transformer en activité avec tes ami·es qui consomment. Cela peut rendre le processus plus amusant et peut vous motiver mutuellement, pour mieux adhérer à ce rituel.
Dans ce cellphilm, Ju nous présente son vaporisateur et comment elle le nettoie.
Dans ce cellphilm, on voit Charlotte nettoyer son grinder.
Plusieurs jeunes queers ont raconté que le cannabis pouvait stimuler leur créativité. Si c’est un effet que tu souhaites explorer, iels suggéraient de préparer ton matériel artistique avant de consommer, pour te plonger directement dans la création une fois le « high » ressenti. Certain·es jeunes queers ont aussi partagé qu’iels trouvaient de l’inspiration en créant dehors, en pleine nature.
Pour d’autres, la consommation de cannabis était vécue comme un moyen de se recentrer, de prendre un moment pour soi et d’explorer ses pensées et émotions. Des participant·es ont mentionné que cela les avait aidé·es à mieux comprendre leurs identités de genre ou leurs sexualités. Si c’est ce type d’effet que tu cherches, ton « high » pourrait être un espace pour te (re)découvrir.
Les jeunes queers ont aussi partagé consommer du cannabis pour s’apaiser, réduire l’anxiété ou soulager des douleurs physiques. Selon l’effet recherché, différentes formes peuvent être utilisées : huiles, crèmes, infusions… On expérimente et on trouve ce qui nous fait du bien.
Et parfois, l’effet recherché, c’est simplement de se détendre après une grosse journée.

Dans ce cellphilm, Eden présente les bienfaits du CBD pour les douleurs physiques.
Dans ce cellphilm, Suryan partage sa relation avec le cannabis et la nature.
Dans ce cellphilm, Leïla se rend dans un parc pour profiter de son « high » et dessiner.
Dans ce cellphilm, Zuriel partage une poésie sur sa relation avec le cannabis.
Dans ce cellphilm, Hugo discute de la notion de risque dans la consommation de cannabis et nous expose différentes facettes de sa vie.
Canna-Coach : Forum en ligne créé par et pour les jeunes pour s’informer, recevoir du soutien et poser des questions sur le cannabis.
Chez Manu : Espace virtuel pour s’informer sur la consommation de substances et rester connecté·e aux différents projets et services offerts dans le domaine de la prévention et du traitement des dépendances.
Drugs : Help and referral : Service d’écoute et d’aide téléphonique gratuit et confidentiel 514 527-2626.
High want you : Mini-série balado en 4 épisodes qui explore l’intimité et la sexualité sous l’influence du cannabis.
Interligne : Service d’écoute et d’aide téléphonique gratuit et confidentiel, aide par courriel, clavardage et ressources en ligne pour les personnes LGBTQ+. 514 866-0103.
Kira London-Nadeau : Zine sur la consommation de cannabis et la santé mentale des jeunes queers et trans.
La loi de l’effet : Plateforme du GRIP pour comprendre la loi de l’effet et obtenir des conseils pour planifier ton trip.
Penser sensé·e : Site éducatif sur la consommation et la réduction des risques.
TBH : Informations sur le cannabis et clavardage avec un·e intervenant·e.
VoxCann : Initiative pédagogique pour l’éducation à propos du cannabis.
Auteur·rices : Amy Rhanim, Aude Dion-Brochu, Olivier Péloquin, Ashton Turcotte, Fadwa Bahman, Victoire Pognon (Jeunes Chercheur·es Queers) et Olivier Ferlatte
Comité de relecture : Kira London-Nadeau, Mathieu Goyette et Jorge Flores-Aranda
Visuel : Kezna Dalz (IG @keznadalz)
Ce projet est financé par les Fonds de recherche du Québec et le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.